LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE
en Allemagne

1943-1945

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« Par nous la France renaîtra »


« J’ai toujours à l’esprit ce groupe de onze premiers volontaires (en majorité issus de la région Auvergne, Claude Maurice et moi, Lescanne, Hugues de la Celle, Laurens, Lamachere, et aussi Grison et Ginisty…) envoyés en juin 1943 à Paris, boulevard Kellermann, au siège de la J.O.F.T.A., pour y recevoir l’estampille de cette officine de zone Nord agréée, avant de passer le frontière.

Le général [de La Porte du Theil] nous avait réunis rue de Lille, où les Chantiers avaient un bureau. Je le vois, en civil, se grattant la nuque, et nous disant : « Mes Amis… vous ferez ce que vous pourrez ».

Source : Commissaire-assistant Jacques Bedel, in La Mission des Chantiers de jeunesse en Allemagne, 1943-45.


LES JEUNES DES CHANTIERS EN ALLEMAGNE DANS LE CADRE DU S.T.O.

Les ouvriers français en Allemagne n’ont pas seulement célébré le Premier mai, la fête du travail, mais aussi la fête du Maréchal.

 Un peu partout, aux quatre coins du Reich, des manifestations de fidélité se sont déroulées. Les plus émouvants de ses témoignages et les plus enthousiastes furent certainement ceux qui émanèrent des camps de jeunes. Dans l’impossibilité de rendre compte dans le détail de toutes les cérémonies organisées par la jeunesse française à l’occasion du Premier mai, nous nous contenterons d’en citer deux, chacune à l’une des extrémités de l’Allemagne : l’une à Auschwitz, en Haute-Silésie, et l’autre dans le sud, à Graz.

A Auschwitz, dans un camp qui groupe 2.000 travailleurs français, un immense portrait du Maréchal encadré des trois couleurs avait été dressé sur le terrain de rassemblement. A 11 heures, en présence de leurs aînés, les 600 jeunes du camp en rangs de 4 défilèrent au pas cadencé et se rangèrent en carrés ouvert autour du portrait du grand soldat. A l’appel de leur chef : « Jeunes de France… », les 600 poitrines répondirent : « Toujours prêts… ». Après une brève allocution de M. Magne, qui représentait à cette manifestation le bureau français de la Délégation Officielle Française, le chef du détachement ordonna « un face à l’Ouest » et les corps se figèrent au garde à vous, chaque regard suivant chaque pensée en se portant vers la France lointaine. Avant de regagner leur baraque, les jeunes ont défilé, une fois encore, devant le portrait du Maréchal qu’ils saluèrent au passage d’un « tête à droite ». Au cours de l’après-midi des jeux de plein air furent organisés et obtinrent un grand succès.

A Graz, 400 jeunes Français se sont réunis à l’occasion de la fête du Maréchal et lui ont adressé l’ordre du jour exprimant tout leur attachement. De ce message nous ne citerons que les conclusions qui le résument tout entier.

« Face au drapeau qu’ils honorent régulièrement ici, face à votre portrait, Monsieur le Maréchal, les jeunes Français travaillant dans la région de Graz vous disent tous leurs efforts pour être dignes de vous. Ils vous assurent de leur respectueux attachement et se permettent de vous adresser l’expression des vœux qu’ils forment pour votre personne et pour la France »

Source : « Jeunes du S.T.O. », Bulletin des Jeunes, 1er juin 1944.


NOUVELLES D’ALLEMAGNE

Deux témoignages contradictoires

24 septembre [1943]

Chef,

J’ai reçu avec plaisir vos nouvelles A. D. A. C. du 18 août dernier. J’y réponds avec autant de plaisir. J’en profite pour vous remercier personnellement, et par remercier l’A. D. A. C. pour tout ce qui a été fait pour les Anciens partis en Allemagne. Nous sommes vraiment heureux ici de voir qu’en France l’on ne nous oublie pas et que les Chantiers, les premiers, ont fait quelque chose de positif. De nombreux « Jeunes », qui, auparavant, ne comprenaient pas la nécessité et le sens de cette œuvre, commencent à se rendre compte de leurs erreurs passées.

Je dis bien « commencent à se rendre compte ». Tous encore n’ont pas compris malheureusement et parmi ceux qui ont compris, tous n’ont pas entièrement compris. J’ai pour exemple les soixante Français de la « Melder Werke ». Je juge d’après eux et je pense qu’il en est ainsi, avec amertume, dans les autres camps de travailleurs. Notre délégué est un camarade instituteur de l’Allier. Chaque jour, il se rend compte que représenter nos compatriotes auprès des autorités allemandes n’est pas tout rose. Et puis, obtenir une discipline, quel travail de titan ! Je ne pensais pas que les Français fussent égoïstes et indisciplinés à ce point. Nous sommes trois à vouloir changer cet état d’esprit, et assurément, nous avons à nous employer. Ce soir, encore dans notre chambre, c’est une véritable leçon de morale qu’il a fallu faire, et ce, pendant plus d’une demi-heure. Parfois nous sommes bien pris de découragement, mais alors, nous nous serrons les coudes pour surmonter une défaillance passagère. Si le temps nous en est donné, peut-être arriverons-nous enfin à quelque chose ?

Nous avons créé, ou plutôt nous sommes en train de créer une amicale entre les Français de l’Usine. La réunion constitutive s’est tenue ce soir. Nous espérons que la constitution de cette association facilitera notre tâche et permettra d’obtenir un peu plus de discipline et beaucoup plus d’unité. Mais cela n’ira pas sans heurt et il faut user de politique : l’achat en commun d’un poste de T. S. F. a été le prétexte choisi pour l’union. II faut utiliser toutes les occasions de faire œuvre utile pour la collectivité locale, et par delà, pour la France qui aura sérieusement besoin de nous pour se relever, après notre retour. Car il ne lui faudra compter que sur elle-même, que sur le travail de ses fils.

Je ne sais pas qu’elle sera la durée de notre séjour outre-Rhin, ni encore comment il se terminera, mais dès à présent, je puis dire que mon exil m’aura servi à quelque chose. J’aurai avant tout appris à connaître les hommes et le Pays.

Connaître les hommes, je m’y efforce chaque jour. J’ai à découvrir le cœur et l’esprit d’une foule d’ouvriers des plus cosmopolites : Allemands, Tchèques, Bulgares, Russes, Serbes, Polonais, Anglais (prisonniers) sans oublier les Français. Avant tout il faut se comprendre – l’Allemand [sic] est « l’espéranto » des temps modernes. Je n’ai pas eu la chance d’étudier cette langue durant ma scolarité ; depuis quatre mois, j’essaie de pallier à [sic] cet inconvénient, en travaillant seul. J’ai eu le plaisir de constater que mes progrès étaient très rapides, et en aucun point comparables à ceux que l’on fait lorsqu’on étudie une langue à l’école.

Connaître le pays, ce n’est pas le moins agréable. J’ai parcouru des régions très diverses durant mon voyage aller, et de plus, je me suis efforcé de me déplacer le plus possible. J’ai vu les premier uniformes C. J. F. J’ai pu constater qu’ils faisaient très bonne impression dans les rues et j’ai regretté d’être de ceux qui ne portent plus la tenue de Chantiers.

Source : Jean LIOGES, A.D.A.C. de l’Allier, novembre 1943.

« Chef,

c’est vraiment plein de honte que je vous écris pour vous donner des nouvelles des chefs de la Province Auvergne présents dans la région de Vienne, que de France on voit sous les yeux de la valse et des yeux ensorceleurs des jolies Viennoises, mais que, ici, nous voyons, sous le signe d’un travail qui dure 12 heures, d’une boue qui dépasse celle des chantiers les plus boueux de France, d’une nourriture écœurante par sa monotonie »

 

Source : Pierre Lescanne, ancien du Groupement 39, 18 novembre 1943

 

 


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