LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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« Par nous la France renaîtra »



LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE EN AFRIQUE DU NORD


 

LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE ET LES JEUNES MUSULMANS

           Hier après-midi, à 14 h. 20, par l’hydravion du service régulier, le chef Van Hecke rentrait à Alger. Le Commissaire régional des Chantiers d’Afrique du Nord fut accueilli par son adjoint, le commissaire de Frédaigue.

            Le chef Van Hecke a bien voulu nous confier ses impressions à son retour de Vichy.

           Oui, c’est avec raison que l’Echo d’Alger annonça, le premier d’ailleurs, que tous les jeunes musulmans allaient bénéficier sous peu des bienfaits des Chantiers.

            - Mais pendant votre séjour à Vichy ?...

          - Je m’y suis rendu pour prendre part à la réunion mensuelle des commissaires régionaux que présida le général de la Porte du Theil. Les directeurs des écoles régionales participèrent à nos travaux qui portèrent sur les problèmes d’éducation ; ils nous tiennent tant à cœur...

            - Mais pour l’Afrique du Nord ?

           - Nous y revoilà donc ! Pour les jeunes musulmans la question reste en voie de réalisation. En plein accord avec le Gouverneur général, nous étudions les divers problème que soulève cette grande tâche. Mais l’affaire va de l’avant et je ne désespère pas de voir avant la fin de l’année les jeunes musulmans parader aux côtés de leurs camarades français, sous la tenue des chantiers…

          Sur ces paroles d’espoir nous quittons le Commissaire Van Hecke ; les Jeunes des Chantiers peuvent être fiers d’avoir à leur tête un tel homme, un chef.     



Le commissaire général de la Porte du Theil prend ce matin l’hydro pour la France et au terme de sa tournée d’inspection en Afrique du Nord il a bien voulu nous déclarer :  

- Les Chantier d’Afrique du Nord sont de plus en plus développés et prospères. Je viens de visiter dans leurs travaux les groupements 101, 102 et 103.

Partout également se développe les groupes d’Anciens des chantiers. Les sections de Casa, Fès, Rabat, Oran, Sidi-Bel-Abbès, Blida et Alger sont en pleine activité

- Et les Chantiers musulmans ?

 - Je suis venu tout particulièrement étudier cette question. L’organisation s’en poursuit rapidement et va aboutir sans tarder.

 Et sur une dernière question, comme nous quittons le commissaire général de la Porte du Theil :

- Je reviendrai bientôt en Afrique du Nord, mais ce sera pour la Tunisie  sans doute.

Source : L'Echo d'Alger, 13 mai 1942

A compter du 3 mai 1942, le stage des jeunes musulmans dans les Chantiers se fait par voie d'engagement volontaire. Un Chantier de la jeunesse musulmane doit ouvrir le 1er octobre 1942, "cinquante-cinq places de chefs seront réservés aux jeunes musulmans français".

 

APRES LE DEBARQUEMENT AMERICAIN DU 8 NOVEMBRE 1942

A compter du 16 novembre, les Chantiers de la Jeunesse de l'Afrique du Nord sont placés sous le régime militaire, par ordre de l'Amiral Darlan. Le général Giraud est nommé commandant en chef des forces françaises terrestres et aériennes en Afrique française.

Hier matin, à 12 h 15, sur l’onde de radio-Alger, le commissaire en chef Van Hecke, commissaire régional des Chantiers de la jeunesse d’Afrique du Nord, a lancé l’appel suivant :

           Ici, votre commissaire régional.

Au moment où vous quittez vos foyers pour rejoindre nos camps, répondant ainsi à l’appel de la patrie, je m’adresse à vous afin de vous dire que l’instant est venu de montrer que la France avait raison de mettre toute sa confiance dans les jeunes générations capables d’apporter une collaboration grandiose et efficace à sa reconstruction.

Le moment est venu de prouver que réellement depuis deux ans dans nos camps, sur nos chantiers, quelque chose de nouveau s’est forgé.

Nos alliés et tous les gens de cœur ont les yeux fixés sur vous.

Laissez éclater votre enthousiasme, faites irradier votre flamme, montrez à tous les vertus qui sont en vous.

Dans vos veillées que maintes fois nous passâmes ensemble, bien souvent je vous ai parlé de notre France qui souffrait, je vous ai dépeint ses misères, son existence lamentable. Je lisais alors, dans l’éclat de vos regards à tous le désir sincère que vous ressentiez de vous mettre à la disposition de la patrie, la ferme volonté que vous éprouviez tous de voir sortir notre malheureuse France de son ornière.

Le jour est venu, hommes des chantiers, de montrer vos vertus, de prouver que l’esprit que nous avons su vous inculquer est un esprit qui vous mènera jusqu’au bout y compris jusqu’au sacrifice suprême s’il le fallait.

Avec vos chefs, derrière eux, lancez-vous à la reprise du pays. Précipitez-vous dans la mêlée d’où sortira la défaite de celui qui nous opprime depuis tant de mois. Ne fléchissez à aucun moment et songez à tous vos  frères, à tous les Français, enfants, femmes, hommes et vieillards qui gémissent sous la botte allemande. Tournez votre regard vers les camps de prisonniers en Allemagne dans lesquels souffrent tant des nôtres : vers tous ces pauvres ouvriers soit disant volontaires, arrachés à leurs foyers et poussés vers les usines de la Germanie.

Accordez-moi quelques instants de pieux recueillement à tous ceux qui déjà ont donné leur vie pour la patrie et soyez décidés de suivre l’exemple de tous ces héros. Songez à tout cela et songez aussi que c’est à l’Afrique du Nord, à vous, enfants de ces terres chaudes et rudes, qu’incombera la tâche sublime de libérer le sol français et de rendre à notre pays tout son éclat, toute sa force, toute sa splendeur, aidés par nos alliés.

Pour atteindre ces résultats merveilleux, il s’agit de vouloir, il s’agit de vous ranger derrière vos chefs, de pratiquer les idées qui vous ont été inculquées et surtout il s’agit d’être disciplinés comme je vous l’ai déjà demandés.

Faites abandon de votre corps à la cause si élevée qui est celle du pays, donnez votre âme à l’idée généreuse qui nous rendra ce que nous avons perdu et qui nous est si précieuse : LA LIBERTÉ.

A côté de nos glorieux aînés, suivez votre aînée à laquelle j’ai donné trente ans de ma vie, l’ARMÉE, cette force merveilleuse, ce creuset d’énergie et d’expérience, cette gardienne des traditions et de l’honneur français dont vous faites partie maintenant. Montrez-lui que vous êtes dignes d’elle. Inspirez-vous des exemples de sa prestigieuse histoire pour, avec elle et dans son cadre, lutter et vaincre.

VIVENT LA FRANCE,

SON EMPIRE ET SON ARMÉE.

L'appel de Van Hecke qui rencontrera un écho très favorable parmi les jeunes des Chantiers d'Afrique du Nord sera désavoué officiellement par le général de la Porte du Theil.

Quoi qu'il en soit, les Chantiers de la Jeunesse d'Afrique du Nord participeront à la campagne d'Italie d'abord, puis à la libération de la France après le débarquement du 15 août 1944.

UN ÉPISODE MÉCONNU DES CHANTIERS DE JEUNESSE EN TUNISIE OCCUPÉE

Le Gouvernement cite à l'ordre de la Nation :

Les Chantiers de jeunesse de Tunisie, sous les ordres du commissaire en chef [Louis]Tartarin, pour les motifs suivants : au cours des bombardements aériens de janvier à avril 1943, se sont dépensés sans souci du danger pour secourir les victimes. Se sont acquis ainsi la reconnaissance de la population tunisienne. Ont fourni au service du travail obligatoire des cadres qui se sont distingués par leurs qualités de chefs et l'élévation de leur esprit civique. Ont ainsi mérité d'être donnés en exemple à la jeunesse de France.

Fait à Vichy, le 31 mai 1943.

Tandis qu'en Algérie et au Maroc, les jeunes des Chantiers ainsi que les Anciens se préparent à combattre aux côtés des alliés, sous régime militaire, les principaux chefs des Chantiers de la Tunisie occupée par l'armée allemande, sous la direction du commissaire Louis Tartarin, maintiennent les consignes du général de la Porte du Theil, cf. "Le commissaire en chef Louis Tartarin, commissaire régional des Chantiers de jeunesse de Tunisie s'adresse aux Jeunes", Tunis-Journal, 22 février 1943. Cependant, quelques chefs de groupe réussissent à traverser les lignes pour rejoindre ceux des Jeunes de la Tunisie libérée qui "travaillent avec acharnement à l'aménagement des routes et du matériel", cf. "La situation en Tunisie. Les jeunes des Chantiers font preuve d'un élan magnifique", L'Echo d'Alger, 31 décembre 1942.


Source : L'Echo d'Alger, 2 avril 1942


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