LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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L’année 1940 a pris fin. Tournons-nous maintenant vers l’avenir. L’année 1941 sera difficile. Elle doit être celle du relèvement de la France. Elle le sera si vous vous serrez tous autour de moi, ayant la même foi dans la Patrie, la même volonté de « servir ». Maréchal Pétain



LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE 1941

FÊTE DES CHANTIERS DE JEUNESSE

Les beaux Français inattendus, à Vichy, au mois de juin 1941. 

VICHY, 29 JUIN 1941

 Les beaux Français inattendus ! Quelle bonne mine très surprenante, quelle franchise dans les yeux, quel élan, et comme la discipline leur semble aisée, bonne et belle ! Soudain, cette France nouvelle, qui s’étend sur le vaste pré du vélodrome de Vichy, recouvre à jamais le souvenir que malgré soi l’on gardait encore des soldats de la débâcle, dépenaillés, laissant tout là, leurs armes, leurs sacs, leur personnage, sans autre pensée que de croûter dans quelque ferme pitoyable et d’échapper aux conquérants. Voici des jeunes gens de toutes nos provinces, des ouvriers, des étudiants, des paysans, des bourgeois, moulés dans cet uniforme vert bouteille qui, avec la culotte et le blouson forestier, donne un air sportif plus encore que militaire à ces nouveaux chevaliers. Le dur hiver qu’ils ont passé dans nos vallées et nos montagnes à construire leurs baraquements, à assainir et bonifier des terres, à couper du bois, à chanter, à s’instruire dans leurs petites communautés, moines de grand vent, croisés de la misère et de la résurrection ! Le brave homme que leur chef, ce général de La Porte du Theil, avec ses grosses moustaches débonnaires, ses mains gantées de blanc, un peu lourdes ! On lui confierait sa famille. Ah ! quel regard quand le maréchal remet son drapeau aux délégations des Chantiers et lui passe la cravate de commandeur autour du cou ! Une France nette, intacte, luit dans ses yeux bruns. C’est un polytechnicien de plein air, fils d’un inspecteur général des Eaux et Forêts, d’ailleurs : tout s’explique ! Avant de commander le 7e Corps, le général de la Porte du Theil commandait l’école de Fontainebleau, et chaque dimanche, chef des scouts de l’Ile-de-France, il dirigeait les évolutions et jeux des petits Parisiens. A l’armistice, c’est à lui qu’on devait confier 92 000 jeunes recrues errantes, abandonnées. Il les regroupa dans les bois, naturellement. Puis d’autres garçons vinrent se ranger sous la houlette du berger qui devait toujours improviser. Le général surmonta toutes les difficultés et voici les hommes qu'il a faits.

Les exercices, où le scoutisme et le folklore alternent, où se fondent leurs imaginations symboliques et que dessinent les Chantiers sur le terrain sont des merveilles de grâce. Les chœurs font admirer des voix chaleureuses où les accents se reconnaissent, et les feux de la Saint-Jean qui, finalement, crépitent, ajoutent sous ce ciel ardent le mystère d'une splendeur païenne à cette fête vraiment nationale. Le cœur est soulagé, toute humiliation s’estompe. Il restera quelque chose de pur et de fier dans chacun de ces garçons qui maintenant défilent. Les désordres de l’ordre public auront-ils jamais prise sur eux ? Leur unité sera-t-elle entamée par les sollicitations étrangères, les appels de l’aventure, ou les intimidations d’un adversaire inquiet ? Et quand même ! Mais ils se retrouveront, si jamais un moment ils s’étaient perdus.

VOLVIC, 27-28 SEPTEMBRE 1941

Le Jour finissait en beauté lorsque, hier, nous arrivâmes au camp de Pognat, près de Volvic, ce camp sorti de terre pour le grand rassemblement des Chantiers de la Jeunesse d’Auvergne, à qui l’on a, ce matin, présenté son drapeau.

C’est le pays des cratères aux pierres sombres, des pitons de roches noires. Là se dressent, sous les bois et en bordure de route, dans un immense champ de bruyère rose et de thym, les tentes où dorment depuis quelques jours plus de deux mille garçons des Chantiers venus de tous les coins d’Auvergne : groupement Pétain, le premier Chantier créé en août dernier dans la forêt de Tronçais ; groupe Lyautey ; groupement Turenne, venant de Corrèze ; ceux de la Loire, du Cher, de l’Indre, du Cantal, de l’Allier ; du Puy­-de-Dôme. Chaque groupement a envoyé une délégation de cent vingt à deux cents garçons.

La ferveur qui les animait, à la première remise solennelle du drapeau, cet été, à Vichy, semble s’être amplifiée. Ils attendent avec gravité l’instant où ils seront admis à défiler devant nos trois couleurs. Déjà ils ont dans la clarté du matin radieux, assisté à la messe ou à l’office protestant. Hier soir, après la visite de M. Carcopino, ministre de l’Instruction publique, ils avaient veillé sous la présidence de leur chef, le commissaire général de la Porte du Theil. Leurs chants, autour du feu de camp, étaient montés, francs, directs, clairs, dans la nuit aux pâles étoiles.

 « A vos rangs »

 Ce matin, au-dessus de la chaîne des monts d’Auvergne, le soleil et la splendeur du ciel animent encore davantage les groupes au costume impeccable. La musique des chantiers resplendit, gantée et guêtrée de blanc, avec les tambours drapés de rouge et d’or. A 11 heures, le préfet et le commissaire général de la Porte du Theil arrivent, ainsi que l’évêque de Clermont. Mgr. Piguet, qui avait prononce ce Matin une allocution. Les tambours résonnent, la « Marseillaise » éclate. Et, soudain du haut d’un promontoire où est planté le mât des trois couleurs, un cri, une sonnerie : «Jeunes des Chantiers d’Auvergne, à vos rangs ! ».

          Alors, de tous les points de la clairière, sortant des bois, des taillis, par groupes, ils apparurent. Et aucun mot ne peut traduire la grandeur qui se dégageait de ces troupes couleur de forêt, avançant dans un silence religieux et refermant le cercle autour du drapeau, cercle de l’espoir dans ce cirque au vert de toile de fond de nos vieilles montagnes, aucun mot sinon la cri de toutes ces poitrines : « Jeune de France, toujours ! ».

« Prêts ! »

Et voici l’instant attendu depuis des jours : « Jeunes des Chantiers de la province d’Auvergne, je vous présente votre drapeau », déclara, avec une profonde émotion, le Commissaire régional Bousquet.

Alors, de la clairière, un chant presque mythique s’éleva, monta vers le drapeau frangé d’or dont les plis battaient au vent comme un bel oiseau ivre d’air.

Et, après une remise de décorations, de nouveau la « Marseillaise », partant de plus de deux mille poitrines, emplit l’espace. C’était fini. Cet après-midi, ils iront à Clermont-Ferrand, où ils entreront à la lueur des flambeaux. Ils repartiront, conscients de leurs devoirs, de la confiance que le Maréchal leur accorde, la joie dans les yeux, fiers et grandis par l’honneur auquel aujourd’hui ils furent admis

Source : Florise Albert-Londres, « Rassemblés en Auvergne, près de Volvic – 2.000 garçons des Chantiers de Jeunesse ont salué ce matin leur drapeau », Le Journal, 28 septembre 1941


Deux équipes de Jeunes de France, en 1941, les deux chefs portent un insigne à deux barres. A noter le couteau typique des Chantiers de la Jeunesse, fabriqué par la Maison Sabatier K, porté par le troisième Jeune à partir de la gauche. L'écusson CJF est placé au côté droit du blouson et le blason du Groupement sur l'épaule gauche.

 Chefs et jeunes d'un Groupement en 1941. Au premier-plan une assistante sociale, seule présence féminine dans les Chantiers avec, naturellement, les infirmières prévues dès 1940 par le général de la Porte du Theil : « Celles-ci – généralement au nombre de deux – sont placées sous la direction du commissaire-adjoint chargé de toutes les questions morales. Elles assistent véritablement les jeunes dans leurs difficultés personnelles et familiales, les aident à se reclasser dans la vie à la sortie des Chantiers, coopérant à leur éducation sociale et à la lutte contre les fléaux sociaux » (22 avril 1941). 


L'HÉBERTISME

Séance d'hébertisme. 




 

 

 

 

Source : Maurice Martin du Gard, La Chronique de Vichy, Flammarion, 1975


Le 18 janvier 1941, les Chantiers de la Jeunesse transformés par la loi en une institution permanente s’intègrent définitivement à la Révolution nationale. Ils s’assignent pour tâche de donner à la jeunesse française une vitalité et une âme nouvelle. Tous les Français seront désormais réunis pour huit mois au cours de leur vingtième année dans les chantiers. Les mois ont passé. Le redressement s’est fait. Nul ne saurait nier aujourd’hui qu’un succès tel que le groupement Mangin constitue une excellente réussite pour le régime nouveau.

Et si l’on veut savoir pourquoi il en est ainsi c’est que, sans doute, nulle part mieux que dans les chantiers on a mieux compris, mieux appliqué la consigne, l’ordre du Maréchal.

[...] Je crois de mon devoir de dire mon admiration pour ce que j’ai vu aux Chantiers de la jeunesse du groupement Mangin dans l’Ariège. Non, les traits éternels de la patrie ne sont point effacés : jeunes, heureux jeunes, prêts pour les grandes taches de la résurrection.

Je me sentais là-haut dans un lieu plein d’âme, et cette âme, c’était, à n’en point douter, l’âme de la France qui lève, de la France qui monte. 

Source : Léon Broussard, Le Petit Journal, 5 août 1941

Reportage réalisé au Groupement 27 "Mangin"

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