LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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Le chef des chantiers doit être un homme dans toute l’acception du mot. Il doit posséder les qualités qu’il demande à ses jeunes d’acquérir et de développer. Le meilleur moyen d’éducation est le témoignage. Ce qui suppose une triple formation : morale, intellectuelle et physique. 



FIGURES DE CHEFS DES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

Deux Chefs, anciens combattants de la Première Guerre, parmi les hommes recrutés par le général de La Porte du Theil. Source : Jean Delage, Espoir de la France, 1942

LE COMMISSAIRE MOUREY

Malgré un labeur écrasant, n’a-t-il pas à l’époque héroïque où il fallait tout créer, signer jusqu’à 3.500 pièces par jour, – et ceux qui le connaissent savent bien qu’il ne signe rien sans le lire, – vous reçoit toujours avec affabilité et bonhommie, s’efforçant de vous faire croire que vous ne le dérangez nullement. L’aspect un peu rude, que lui donnent sa carrure puissante et son regard sévère, cache un cœur d’or et une sensibilité délicate. Je l’ai vu parfois extérioriser celle-ci, quand, par exemple, dans un petit groupement au Chantier 39 « de Foucauld », je l’entendais parler à l’improviste à des Jeunes, sur un ton de tendresse paternelle.

Source :
Robert Vaucher, Par nous la France… Ceux des Chantiers de la Jeunesse, Paris, 1942

PIERRE BOUSQUET, COMMISSAIRE REGIONAL DE LA REGION AUVERGNE

Sa définition des Chantiers : Ce que l’on y prêche ou prône, c’est l’empire sur soi, le développement de la personnalité, l’épanouissement par le labeur, par le style sportif, par la « sculpture » physique – aussi Hébert et sa méthode naturelle sont-ils les bienvenus. Un minimum d’apparat, pas de pompe extraordinaire, pas de publicité extérieure – et pour cause. Enfin, cet amalgame ! Mes douze chefs de groupements affichaient à peu près tous des opinions différentes, allant d’un extrême à l’autre. Toutes les tendances se confrontaient dans les Chantiers ; chacun, repris par son destin, en repartait enrichi de contacts qu’il n’aurait jamais pris, d’échanges d’idées qu’il n’aurait pas connus, sans eux, au cœur de sa jeunesse. [...].
Tous ont acquis une solidité extraordinaire, le sens des hommes, le goût des responsabilités et, quelquefois, la griserie de l’aventure et du risque.

Source : Robert Hervet, Les Chantiers de la Jeunesse, Éditions France-Empire, 1962

LE PERE FORESTIER, AUMONIER GENERAL DES CHANTIERS

« Vous rappelez-vous, en ces terribles journées de juin 40, la voix, qui, je pense, a inspiré les Chantiers dans leur audace et dans leur jeunesse, une voix vénérable et aimée qui disait : « Il arrive qu’un paysan de chez nous voit son champ dévasté par la grêle. Il ne désespère pas de la moisson prochaine, il creuse avec la même foi, le même sillon, pour le grain futur. » La grande tourmente a passé, mais le petit grain, avec ferveur, avec foi dans l’avenir, a été déposé dans le sol de France, qui garde, j’en suis sûr, la fécondité qui nous permettra de refaire très grand notre pays.

Que faisons-nous dans nos Chantiers, si ce n’est précisément de redonner à nos jeunes Français et le sens de l’autorité, et l’amour et la vénération pour le Chef de l’État, et le respect pour leurs chefs. Ce qui ne peut se faire qu’à cette condition que les chefs eux-mêmes changent leur manière de concevoir leur rôle, qu’au lieu de faire de leur fonction un prétexte à privilèges, ce qui trop souvent s’est vu, ils retrouvent le grand sens chrétien de l’autorité qui est d’abord service, qui est communion étroite avec la vie de ceux que l’on veut élever, qui est transmission de tout ce que l’on possède de meilleur afin qu’ils grandissent. Que faisons-nous encore si ce n’est, avec le sens de l’autorité, retrouver aussi le sens du travail qui n’est pas uniquement fait pour gagner de l’argent ou pour assurer le confort, mais qui est fait pour le bien des autres, qui est une manière de charité, le plus grand service social, la plus haute collaboration à la grandeur de son pays. Les Chantiers ont le souci de rendre aux Français le respect des foyers. Dans les veillées, vous savez combien nous aimons à préparer les jeunes qui demain vont trouver une compagne de leur vie, à la rêver dans un grand respect où l’esprit domine sur la chair, où l’amitié domine sur les sens, où la fidélité domine sur la fantaisie, et où vraiment l’on voit déjà dans ce père et cette mère et ces enfants l’image de l’ancienne France qui renaît de ses cendres »

Source : « Sagesse chrétienne et redressement français », extrait du sermon du R.P. Forestier, en la cathédrale de Clermont-Ferrand, 31 janvier 1943

LE COLONEL FURIOUX, CHEF DU GROUPEMENT 1 MARECHAL PETAIN

Il faut inspirer aux jeunes générations la volonté d’unir leurs efforts pour réduire les causes d’affaiblissement, de discorde, de désunion, qui nous ont menés où nous sommes. Il faut désirer, non pas la lutte des classes, qui n’est qu’un suicide collectif, mais la disparition des motifs de haine entre classes. Il faut forcer à mieux se connaître le cultivateur et l’employé, l’ouvrier et l’étudiant, l’intellectuel et le manuel, en les entraînant tous à des travaux d’intérêt général exécutés en équipes. Veillons attentivement au mélange des jeunes de tous les milieux sociaux sur les chantiers de travail. Il faut que le manuel et l’intellectuel s’acharnent pendant de longues heures, à deux, à couper des arbres, que le fils du patron et le fils de l’ouvrier alternent pour rouler la même brouette lourdement chargée. Il faut les obliger à peiner l’un à côté de l’autre, attelés à la même tâche, simple et rude. Fatalement, ils seront amenés à causer, à échanger leurs impressions, leurs idées. Ils vont se « découvrir » mutuellement et n’auront pas ensuite l’un sur l’autre la même opinion que celle qu’ils avaient avant d’avoir travaillé ensemble. Faire comprendre à tous que nous nous devons les uns aux autres, que l’individualisme effréné est une faute grave, que l’égoïsme est le plus grand obstacle à l’union et doit être combattu comme l’ennemi commun, la cause de la plus grande partie de nos malheurs, de nos souffrances. Il s’agit, au fond, de créer 24 heures sur 24 une atmosphère de camaraderie, d’amitié qui marquera les jeunes, qui restera longtemps dans leur mémoire, dont ils pourront être fiers d’évoquer en eux-mêmes le souvenir. C’est cela, la vraie fraternité : celle de l’effort joyeusement consenti pour le bien commun.

Source : Le Colonel, édité par les Amis du Colonel Furioux, h.c., 1987.


 LE COMMISSAIRE BALLOT

Parmi ces hommes qui ont le plus soutenu le général de La Porte du Theil était le commissaire Ballot, aujourd’hui disparu. Il était le chef de toutes les Résistances et de tous les camouflages aussi bien d’armes – avec le commissaire Ravaud – que des identités, qu’il était avec le général seul à connaître : juifs, alsaciens-lorrains, évadés réfractaires et condamnés à mort par les Allemands tel le commissaire Van Hecke, du comité des Cinq, et chef des Chantiers d’Algérie. Après avoir été arrêté le même jour que le général, le commissaire Ballot a été traîné à Mauthausen, Buchenwald, Gusen, affreusement torturé sans jamais faire le plus mince aveu. A la Libération, il a commandé le 6ème Cuirassiers à Angoulême. Un soir, chez lui, il m’a dit alors combien il avait été fier de reprendre du commandement, mais fier aussi de ne pas avoir consenti à désavouer le Maréchal qu’il avait servi. Il a héroïquement symbolisé la position d’une élite méconnue. 

Source : Jean Delage, Ma vie à cœur ouvert, Paris, 1981

 


 

Pierre Bousquet

 



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