LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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Documentation




SUR LE CHANTIER

TON ÉQUIPE 

Bientôt, certains d’entre vous vont partir dans les chantiers de la jeunesse. Ils s’étonneront de la vie que l’on y mène, ils se plaindront de ceci et de cela, ils s’insurgeront contre ce Service d’un nouveau genre ; en un mot, ils ne comprendront pas. Quelques précisions les aideront peut-être à réaliser ce qu’on attend d’eux.

D’une façon générale, le but que s’est fixé le Maréchal, en créant les Chantiers de Jeunesse est triple :

– Faire en quelques mois des hommes forts d’une grande résistance physique.

– Compléter et plus souvent donner une formation civique suffisante pour faire d’eux de bons citoyens.

– Lutter contre les tendances par trop individualistes des jeunes Français, en leur faisant comprendre la nécessité de l’Equipe.

         Le premier point de ce programme facilement compréhensible, est réalisé par la vie au grand air et par l’hébertisme, méthode qui rend la culture physique attrayante et qui permet au plus faible comme au plus fort, de faire de réels progrès en quelques semaines. Il est indiscutable que ceux qui ont résisté à ce mode de vie, reviendront chez eux mieux entrainés et plus aptes à supporter certaines fatigues physiques que peuvent imposer les événements.

Le deuxième aspect de la question, on pourrait croire qu’il est vain d’en parler, car la doctrine maurassienne nous a donné cette formation. Mais justement, il importe dans ce domaine, d’être pour les autres un exemple d’autant qu’il est parfois un peu trop négligé. Or, pour bien diriger un Chantier, il faut plus que de l’autorité, plus que du savoir-vivre, il faut de l’allant et de l’enthousiasme, mais aussi de solides connaissances doctrinales.

Enfin, troisième élément de la question : l’homme n’est pas fait pour vivre isolément, mais pour vivre en communauté, famille, métier, cité, nation ; dans les Chantiers, l’Equipe. En pleine nature, isolé des collectivités habituelles, on comprend vite la nécessité de vivre non pour soi, mais pour l’équipe dont on est tributaire, de même que l’équipe l’est du groupe. Il peut arriver que le groupe n’ait pas sa vie propre, qu’il ne soit qu’un corps sans âme, parce qu’il n’existe pas d’Equipe de commandement pour qui l’œuvre accomplie soit beaucoup plus qu’un travail rémunéré. Un tel état d’esprit est peu fréquent et disparaît rapidement par élimination immédiate. Mais rendez-vous compte des difficultés qu’a pu présenter le recrutement des chefs, des qualités qu’ils doivent posséder, de la vie accablante qu’ils mènent souvent. Le groupe vaut ce que vaut le Chef, ce que valent les Chefs. Il y a eu des insuffisances. Il y en aura encore, mais de moins en moins. Si vous en observez, surtout ne généralisez pas.

Et maintenant, si vous avez compris l’utilité des Chantiers de jeunesse, ne vous laissez pas prendre aux reportages des grands quotidien. Ne croyez pas à la « vie en rose ». L’organisation est encore bien imparfaite parce que trop récente ; mais il est inutile de se plaindre d’imperfections que l’on rencontre dans des formations qui ont cependant derrière elles un long passé.

Pensez également à la durée relativement réduite de ce nouveau service.

Deux méthodes pour atteindre la date de libération :

    se « planquer », ou

    vivre durement pour son équipe et son groupe.

Choisissez la seconde. En vous formant l’âme et le corps, vous servirez la France, quoique vous ne soyez pas à l’ombre d’un étendard frangé d’or, tout chargé de gloire.

Source : Jacques MONTJOIE, « Sur le Chantier », L’Etudiant français, 10 février 1941.


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