LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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Ils sont les bons ouvriers de la rénovation française car une société ne peut subsister que par l’union de ses membres… Cet heureux résultat est dû à l’action de chefs, souvent très jeunes, qui partagent entièrement l’existence de leurs hommes et se dévouent pour ranimer en eux le culte de la patrie et l’amour du travail bien fait. Maréchal Pétain, 31 juillet 1942.



LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE EN 1942

« A l’heure où l’univers est en plein bouleversement, la jeunesse de France est éduquée dans la nature, selon les principes du Chef des Chantiers »




L'organisation et les activités d'un Groupement.

Les méthodes les mieux conçues, les meilleurs procédés ne sauraient à eux seuls permettre d'éduquer des Jeunes gens. Seule l'influence personnelle d'hommes choisis, sachant aimer les garçons sans paternalisme, ni démagogie, ni sensiblerie, dynamiques au contraire parce qu'ils sont animés par la volonté de prendre part au relèvement du pays, et d'un dévouement total, - seule l'influence sans cesse "présente" peut procurer à des jeunes gens de vingt ans la formation que les Chantiers sont destinés à leur apporter. Pour remplir cette tâche, le Commissaire général de la Porte du Theil a fait appel à des chefs à peine plus âgés que leurs subordonnées. Sa confiance en eux est totale. Un Chef de groupe qui n'a généralement pas plus de 25 ans est seul responsable de la vie et de l'éducation de 150 garçons. Isolé dans la nature, loin de ses supérieurs, il doit savoir prendre de grandes responsabilités et travailler avec persévérance pour marquer ses Jeunes d'une empreinte durable. Une telle confiance dans la jeunesse peut paraître téméraire. Cependant l'expérience prouve que les jeunes Chefs ont mérité et continuent à être dignes de la confiance qui leur a été faite.

Attachés à l'œuvre de la rénovation nationale, les Chantiers sont une réalisation bien française, non une initiation des organisations étrangères. Leur Chef a voulu retrouver et faire revivre ce qu'il y avait de meilleur dans les traditions de notre pays. Il a voulu développer chez les Jeunes la loyauté, le sens de l'honneur, le goût du travail et toutes les vertus qui referont demain la force de la Patrie.

Source : Un Jeune des Chantiers, "Le Commissaire général de la Porte du Theil et les Chantiers de la Jeunesse", Bulletin des Jeunes, n°18, 15 février 1942



Jeunes au travail.

 

Le forestage est l'activité principale des Jeunes des Chantiers. A l'arrière-plan, à droite, le bois de chauffage. Au premier plan, un chef d'équipe apprête le bois (du hêtre) pour la fabrication des sabots . 



Jeunes des Chantiers au travail : les vendanges à l'automne 1942, au Groupement 25.


Trente-quatre vieillards pour un enfant dans un village croulant qui agonisait… Mais les Jeunes sont venus.

Nous circulons sur des routes forestières qui grimpent, puis dévalent des croupes boisées ; des arbres et toujours des arbres ; les uns sont débités en rondins alignés en bordure des chemins ; par endroits la forêt s’éclaircit et laisse la place à des champs de pomme de terre ou de céréales. De loin en loin un village, quelques maisons.

Peu d’habitants, mais beaucoup de visages imberbes, des jeunes gens. Nous sommes en effet dans un domaine de jeunes, au groupement 39 « de Foucauld », des Chantiers de la Jeunesse, dont l’activité s’étend de Montmarault à Bellenaves, sur la forêt des Colettes, les bois de Château-Mai [sic] et de Château-Renard [sic].

 Les Fayes / Labourage et forestage 

Le véhicule cahote dans un chemin creux ; devant nous apparaissent une ferme et de coquettes baraques blanches : le groupe 3 Davout. Le chef, un jeune homme au visage énergique, nous reçoit dans son P.C., une ferme abandonnée, remise en état. Les murs sont recrépis, les pièces propres. Sur un côté, une grange montre une ample provision de fourrage. Car, ne l’oublions pas, nous ne sommes pas dans un camp, mais dans une exploitation agricole, ou plutôt « foresto-agricole ».

– J’ai 180 jeunes, déclare le chef ; je leur demande un stère par homme et par jour ; certes, ce n’est pas excessif, mais nous avons les terres. Tout était en friche ; huit hectares sont en état. Et d’un geste large de propriétaire, il nous désigne des champs de pommes de terre et les chaumes.

Nous parcourons une centaine de mètres ; dans une petite maison transformée en infirmerie flânent trois malades ; plus loin, la seconde ferme du domaine, dont la porcherie abrite trois cochons, espoir du chantier. Et, avant de prendre congé, nous jetons un rapide coup d’œil dans la salle de réunion des chefs, dont les meubles en rondins, table, fauteuils, divans, cheminée, fabriqués par les chefs eux-mêmes valent bien tel rustique de pacotille… garanti pour longtemps.

 Un village renaît

 Villars, nom prestigieux d’un sauveur de la patrie ! C’est aussi celui d’un village des Colettes aux maisons ruineuses, d’où la  vie se retirait peu à peu.

– 34 habitants, des vieillards, quand le groupement s’est installé ici, nous déclare le chef Jaybert. Et quel accueil, quand les jeunes sont arrivés ! On voulait restaurer. Pourquoi faire ?

– Laissez ce pays mourir en paix, devaient-ils vous dire, en paraphrasant un célèbre philosophe laïque.

– Il fallut se passer d’eux, obtenir malgré eux les autorisations administratives pour abattre des maisons croulantes, dont les pierres servirent à consolider les autres. Voyez le résultat…

Nous visitions des maisons restaurées ; le sol est carrelé ou cimenté, les murs recrépis. Le jour, arrivant par d’étroites fenêtres, éclaire les pièces proprettes où sera installée dans quelques jours l’infirmerie du centre sud du groupement de Foucauld.

Nous nous promenons dans le village ; le contraste est frappant entre ces maisons retapées et les autres à la façade lépreuse. Et pourtant, partout les murs sont bons…

– Sur le seuil d’une maison, un bébé joue !

– L’unique enfant du village !

Villars, qui fut jadis un village de sabotiers, reprendra-t-il vie définitivement ?

 Cent cinquante paires de sabots par jour

Les sabotiers de Villars disparaissent ; mais, tout près, la saboterie fonctionne. Dans une maison forestière, les jeunes ont installé une saboterie. Sans doute n’y trouve-t-on pas tous les perfectionnements, mais l’indispensable y est.

Dehors des jeunes équarrissent des billes de bois ; dans un hangar deux machines tournent. Sur la première, en moins de deux minutes, la paire de sabots prend forme. Sur la seconde les sabots sont évidés.

Des jeunes, attentivement, avec application, manœuvrent les machines-outils. Dans la maison forestière, c’est le finissage, tâche plus délicate. Il faut un long apprentissage pour devenir un bon finisseur. Un professionnel achève des sabots, tandis qu’à ses côtés deux jeunes font le gros du finissage.

Dans la pièce des piles de sabots sèchent.

Notre production doit atteindre dans deux semaines, nous confie le chef Bourguet, préposé aux travaux techniques, cent cinquante paires par jour. Nous fournirons les autres chantiers.

L’instituteur potier

C’est par hasard que dans le groupe voisin, à Coutansaix [sic, pour Coutansouze], on eut l’idée de faire de la poterie. Il y avait dans la région de la bonne terre à modeler. Un jeune s’improvisa potier ; les débuts furent lents ; mais un artisan vint un jour donner des conseils, les progrès furent plus rapides.

Dans le modeste atelier, le jeune amateur, assis devant son tour, le pied sur la pédale, imprime à la meule une rotation régulière. De ses doigts, il façonne la masse d’argile qui s’évase, se creuse, prend forme, Le regard sérieux, il s’applique ; un dernier coup et délicatement il pose son dernier né sur l’étagère.

Maintenant il prend part à la conversation, écarte les critiques : pas assez renflé celui-ci. Et l’évasement de celui-là ? La courbe de cet autre ? Il reçoit ces critiques patiemment, fait l’éloge de son successeur qui bientôt prendra en mains la poterie de Coutansaix [sic]. Sans nulle vantardise il confirme que l’autre jour, un potier de Moulins a voulu l’engager. Au bout de quelques semaines de pratique, voilà qui est tout à son honneur !

 – Et pourquoi pas ?

 – Mais j’ai une profession, je suis instituteur.

Instituteur. Nous sommes rassurés. Cette même conscience dont ce jeune potier fait preuve dans sa tâche d’artisan, il la montera dans la formation de ses élèves.

« J’ai deux fermes, trente-cinq hectares » 

Ce jeune chef qui nous reçoit à l’entrée de son domaine, à Rivallais [sic], n’est-ce pas un véritable fermier ?

 – J’ai deux fermes, trente-cinq hectares de terre, déclare-t-il.

Et à grandes enjambées nous visitons les potagers, longeons les champs, entrons dans une ferme dont les écuries abritent des chevaux soigneusement bouchonnés.

Pour mener à bien son exploitation, le jeune fermier dispose de cent cinquante jeunes gens. Effectifs considérables… Mais il s’agit de garçons qui, en temps normal, en raison de leur état physiologique, auraient échappé au service militaire et qu’on a tenu toutefois à faire bénéficier des avantages de la vie collective.

 Ils sont soumis à un régime spécial ; la surveillance du docteur est plus stricte ; la culture physique appropriée. Devant nous justement, une vingtaine d’entre eux font de l’hébertisme sous la direction du moniteur. Le régime alimentaire concourt à leur amélioration physique.

Vie communautaire

– Ce que nous cherchons surtout à réaliser, nous dit le chef Jaybert qui nous guida au cours de notre visite, c’est une sorte de vie communautaire. Un chantier tend à former une autarcie au petit pied.

Et à Montmarault même, il nous montra encore la boulangerie du chantier, l’imprimerie, la menuiserie, la charronnerie. Meubles, outils, établis, chariots sont fabriqués dans les ateliers ; dans chaque groupe on apprend à exécuter les petites réparations.

Comme une chartreuse, le chantier présente donc les caractères de la vie en commun. Le but est plus économique, plus terre à terre sans doute. Mais nous n’oublions pas que nous revenons de loin, ce n’est pas en un jour que nous referons l’âme de la jeunesse.

Loin de la ville et des bistrots, les chantiers forment une jeunesse plus virile, qui déjà contraste avec les générations qui l’ont précédée.

Source : Vice-présidence du Conseil, Vichy, 13 octobre 1942 



LES CHANTIERS DE LA MARINE EN 1942

Les Chantiers de la Marine aux fêtes de Provence.


Les travaux des champs gardent toute leur importance...

D'après une statistique récente, les Chantiers ont fourni les 9/10 du charbon de bois nécessaire à la zone libre. Leur effort va se porter en plus sur la production agricole ; ils assumeront eux-mêmes une partie de leur nourriture. Aide importante donnée au ravitaillement général, car chacun des 52 groupements consomme par an environ 60 tonnes de légumes secs, 270 tonnes de pommes de terre, 275 tonnes de légumes verts.

Source : L'Aigoual


Pour en savoir plus >

Les Chantiers en 1940

Les Chantiers en 1941

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 Les Chantiers en 1944

Les Chantiers d'Afrique du Nord en 1941

Les Chantiers d'Afrique du Nord en 1942

Les Chantiers en Allemagne (1943-45)



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