LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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LE GÉNÉRAL DE LA PORTE DU THEIL EN 1940

J’ai toujours pensé qu’il fallait confier à des hommes jeunes l’éducation des jeunes gens.

NAISSANCE DES CHANTIERS

Le 1er juillet furent dissous les corps d’armée, en vertu des clauses de la convention d’armistice, et je fus nommé à Clermont commandant des troupes de la 13e Division militaire. J’avais rejoint mon poste le 2 et j'étais parti le 4 en tournée d’inspection quand, en rentrant à mon bureau, tard dans la soirée, j’appris que depuis midi on m’appelait à Royat au Ministère de la Guerre. Je m’y rendis sur l’heure et fus reçu par un des sous-chefs de l’Etat-Major de l’Armée qui me fit connaître que le Ministre était désireux de me confier le commandement des milliers d’hommes convoqués les 9 et 10 juin dans les dépôts deuxième contingent de la classe 39, premier contingent de la classe 40 ; en tout, 100.000 hommes, dont on ne savait plus combien il en restait ni où ils étaient. On pensait pouvoir en rassembler une cinquantaine de mille. Pour le moment, à part ceux qui avaient été appelés dans les dépôts de la zone libre, le reste errait à la débandade sur les routes, vivant on ne sait comment.

De fait, j’en avais rencontré au cours de la retraite...

Cette mission m’était d’ailleurs présentée comme tout à fait temporaire. Il fallait démobiliser ces hommes, qu’on ne voulait pas conserver dans l’armée parce que n’ayant reçu aucune instruction militaire et qu’on désirait reformer immédiatement des unités capables de combattre. Mais, d’autre part, on n’estimait pas possible de les renvoyer chez eux dans l’état matériel et moral où les avait laissés le lamentable aspect de la déroute. Et puis, où renvoyer ceux de la zone occupée ?

Quand je demandai au Ministre qui me reçut le lendemain, ce qu’il fallait en faire, il me répondit : « Ce que vous voudrez, je vous fais confiance. »

Et je n’ai jamais reçu d'autres directives.

J’ai fait observer au Ministre qu’il devait bien me connaître, que, avec mon tempérament et mes idées, je m’attacherais à une remise en main d’abord sur le plan moral et spirituel. Il me confirma simplement que j’avais la plus entière initiative.

Et comme j’hésitais, il ajouta que le rassemblement fait et les hommes repris, je retrouverais ma place dans le commandement actif, que cette tâche était urgente – ce n’était que trop vrai – ­qu’il n’y avait pas d’officier général disponible plus qualifié que moi pour l’entreprendre. Je parlai des cadres nécessaires : « Vous choisirez qui vous voudrez et où vous voudrez ; les écoles d’aspirants, en particulier, sont à votre disposition. »


LES QUESTIONS QUI SE POSENT

Les Chantiers de la Jeunesse furent-ils une armée de réserve ?

« Je fis immédiatement, en septembre 1940, commencer les études qui devaient aboutir à la loi de janvier 1941, organisant le service obligatoire.

      – « Faites-moi une armée », me disait le Maréchal.

      Telle était bien mon idée.

Voilà en définitive le but des chantiers : reprendre en main les jeunes appelés de la classe 40, puis convoquer, au fur et à mesure, en zone sud où seulement nous pouvions le faire, les contingents successifs pour une période de service national que je fixai à huit mois, donner nettement le pas à la formation morale des hommes »

Source : Général de la Porte du Theil, Souvenirs, 1986


Ce qu'en pense Georges Blond

Pétain n’était pas stupide au point de ne pas savoir que ses mots d’ordre à la jeunesse un jour seraient insuffisants, dépassés ; que les premiers hommes qui proposeraient à cette jeunesse pour objectif la libération physique de la patrie seraient aussitôt vus comme des héros, comme des sauveurs. Avec sa haute complicité, les Chantiers de jeunesse et les Compagnons de France allaient devenir de plus en plus des organismes clandestinement paramilitaires. L’objectif difficile de Pétain (lequel de ses objectifs ne l’était pas ?) était de préparer la jeunesse à lutter pour la libération de la France si les chefs de l’armée de l’armistice, en accord avec lui, Pétain, appelaient ces jeunes au combat. Il entendait ne leur mettre les armes à la main qu’encadrés par l’armée de métier. Il refusait l’idée de faire d’eux des francs-tireurs sans protection juridique, de les lancer avant l’heure dans une lutte clandestine qui risquait de provoquer de terribles représailles sur la population civile

Source : Georges Blond, Pétain, Presses de la Cité, 1966

Ce qu'en pense Raymond Aron

Pour la jeunesse, le gouvernement de Vichy accomplit une œuvre conforme aux grandes lignes de sa doctrine : refus de la jeunesse unique, telle qu’elle existe dans les pays totalitaires : formation morale et patriotique des jeunes.

Le problème de la jeunesse se pose dès l’armistice : il s’agit tout d’abord de regrouper les recrues de la classe 1940, mobilisées au mois de juin et qui, de la vie militaire, n’ont connu que la débâcle.

A leur intention, la loi du 30 juillet 1940 crée les Chantiers de Jeunesse, où ils seront incorporés pendant six mois sous le commandement du général de la Porte du Theil ; le 18 janvier 1941, quand ce premier stage est terminé, une loi nouvelle décide que tous les jeunes Français de la zone libre, âgés de vingt ans, y seront appelés par classes pour huit mois.

Si le premier but avoué des Chantiers est donc de reprendre en main une jeunesse démoralisée et de la préparer aux tâches qu’exige un proche avenir, l’objectif réel du général de la Porte du Theil est, en plein accord avec l’état-major de l’armée, de maintenir le recrutement en zone sud, de camoufler des réservistes dans une Association des Anciens des Chantiers ; ainsi, le jour d’une reprise des hostilités, le commandement disposera, en plus de l’armée d’armistice, d’une masse d’hommes encadrés, disciplinés, pourvus de moyens de transport, de vivres et d’armes cachées dans des dépôts clandestins.

Source : Raymond Aron, Histoire de Vichy, Fayard, 1954


Source :

Commissaire Général de la Porte du Theil, Conférence du 21 novembre 1941, Toulouse, 1941


Le général de La Porte du Theil, pendant la "drôle de guerre". Le 10 mai 1940, il prend le commandement du VIIe Corps d'Armée.