LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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LE GÉNÉRAL DE LA PORTE DU THEIL EN 1944

Lettre du Commissaire général, le 3 janvier 1944

Chefs, Anciens, et jeunes des Chantiers, je vous fais mes adieux.

Ce n’est pas sans un serrement de cœur que je vous quitte. Trois ans de la vie ardente qu’ensemble nous avons menée ont noué entre nous des liens qu’aucune séparation matérielle ne pourra rompre. Je conserverai toujours le vivant souvenir de ces temps héroïques où il a tout fallu créer, de la lutte quotidienne pour nous maintenir, du long travail d’études, de tous les efforts qui nous ont permis de nous étendre, d’asseoir notre doctrine, de pénétrer au plus profond de la masse des jeunes Français, de nous les attacher, de les soutenir dans l’A. D. A. C. qui partout s’épanouit irrésistiblement.

Pour tout cela, je vous garde une vive reconnaissance et une sincère affection.

Car ce que nous avons obtenu, c’est tout autant par le cœur, que par l’esprit, que nous l’avons réalisé.

*

Continuez l’œuvre entreprise, restez calmes au milieu de la tempête qui secoue les fondements du vieux monde, gardez toujours une foi indéfectible dans les destinés de notre Patrie, et, quoi qu’il arrive, une inébranlable fidélité au Maréchal, parce qu’il incarne vraiment cette Patrie à laquelle il s’est donné, parce qu’il en est le seul chef légitime, parce que tant qu’il demeure à la tête de l’Etat nous sommes assurés de rester dans la ligne de nos traditions nationales contre lesquelles, si nous le voulons, personne ne peut rien, parce qu’en dehors de lui il n’y a que trouble, sédition, intérêts particuliers, luttes partisanes, et finalement guerre civile, la plus affreuse de toutes les guerres.

Soyez convaincu qu’aujourd’hui la seule chance de l’éviter, c’est l’union de tous les Français autour du Maréchal.

Telle a toujours été la règle d’or des Chantiers.

Je conserve en l’avenir une inaltérable confiance : il y a chez nous des ressources immenses que je connais mieux qu’un autre pour savoir d’expérience qu’on y fait jamais appel en vain ; l’apostolat désintéressé que nous avons exercé auprès des jeunes de France ne peut pas rester sans récompense.

Certes, nous ne pouvons en mesurer l’étendue, ni en prévoir les fruits ; au jour marqué par Dieu, nous les verrons murir.

Si le grain de blé ne meurt…

Aujourd’hui, il est en terre, mais nous l’avons semé à pleines mains dans la bonne terre de France qui ne ment pas, demain il lèvera aux premières effluves du printemps de la paix recouvrée, et nos jeunes chefs en récolteront plus tard les magnifiques moissons.

3 Juillet 1940 - 3 Janvier 1944.


Lettre du Maréchal Pétain au général de la Porte du Theil, le 4 janvier 1944

Mon Général,

Après plus de trois ans d’un effort soutenu et qui a été couronné d’un magnifique succès, vous êtes obligé de quitter les Chantiers de Jeunesse. Votre départ sera regretté de tous ceux qui vous ont approché ou qui ont servi sous vos ordres.

Vous avez su créer dans une jeunesse en désarroi un idéal noble et généreux. Les forces spirituelles que vous avez mises en mouvement animeront les cadres de vos organisations de jeunesse. Tout le mérite vous en reviendra.

Je tiens à vous remercier de ce que vous avez fait et à vous féliciter de l’œuvre magnifique que vous avez accomplie.

Créateur de ces Chantiers, vous les quittez au moment où ils avaient sans doute le plus besoin de vous, mais ils vous resteront fidèles par le cœur et par la pensée. C’est ma consolation ; ce doit être votre satisfaction.

Veuillez croire, mon Général, à mes sentiments affectueux


Message du Commissaire régional de la province d'Auvergne, Jacques Bousquet, aux chefs des groupements le 19 janvier 1944

« Depuis 15 jours, par votre calme dans l’épreuve, vous avez montré votre discipline. On souhaiterait que cet exemple serve au Pays qui, à commencer par certaines administrations publiques, donne tous les jours le spectacle de la désobéissance. Je vous remercie d’avoir ainsi répondu à mon appel.

Aujourd’hui de graves décisions sont en cours. Elles sont conditionnées par l’importance croissante des questions de main d’œuvre, qui oblige à mettre en veilleuse les préoccupations d’éducation. C’est dire que les Chantiers, tels que nous les avons connus, tels qu’ils ont fonctionné jusqu’à ce jour, doivent cesser d’exister. Les hommes et les ordres qui les composent, ceux-ci pour accompagner ceux-là, seront repris dans des organisations adaptées rattachées au Secrétariat d’État compétent.

Le passage d’une formule à l’autre est délicat. Le souci de vos chefs, héritiers de la pensée du Général, est d’éviter tout ce qui compromettrait pour l’avenir les principes sur lesquels a été fondée notre action. Serrez-vous autour d’eux.

Devant les dangers qui menacent, la cohésion de nos équipes sera la meilleure sauvegarde de nos idées et de nos hommes. »


Le général de la Porte du Theil est arrêté à Châtelguyon, le 4 janvier 1944, officiellement pour avoir déclaré quelques jours plus tôt : "Les boches sont foutus. Il n'y a pas un homme raisonnable pour penser autrement et pour moi, je suis bien décidé à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour précipiter leur départ."

Mais depuis plusieurs mois déjà, le Commissaire général se trouvait sous la surveillance des milieux collaborationnistes (Laval) et les Allemands eux-mêmes.

En fait, vers la fin de l'année 1943, il n'est plus soutenu que par le Maréchal Pétain qui sera impuissant toutefois à empêcher son arrestation.

*

Le même jour, il est transféré à Vichy et Paris, puis à Munich où il est emprisonné par la Gestapo. Trois mois plus tard, il est placé en résidence surveillée dans un hôtel de montagne des Alpes bavaroises (Ifen-Hôtel)I

Ifen-Hôtel

Il en sera libéré par l'armée française le 4 mai 1945.


Le Commissaire général passe en jugement devant la Haute-Cour le 18 novembre 1947. Pour avoir participé au gouvernement de Vichy, il est inculpé d’indignité nationale, mais, parce « qu’il est établi d’une façon indiscutable que […] La Porte du Theil s’est réhabilité en prenant une part efficace, active et soutenue à la résistance contre l’occupant », il en est immédiatement relevé. Dans son Histoire de l’épuration, Robert Aron évoque « le général de la Porte du Theil, créateur des chantiers de la Jeunesse, qui, à l’intérieur de ces groupements destinés à compléter l’armée d’armistice, admet les Israélites et sabote le recrutement en faveur du S.T.O. »