LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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Un Jeune du Groupement 39 de Montmarault (Allier)


Jeune de France

Un jeune de France en 1941



Apprenti-commis, fin 1942.



Commis administratif, durant l'été 1944.

Débarquement du 15 août 1944, son témoignage

Le service du Matériel devait prendre possession de la villa « Le Manoir » pour assurer la gestion de tous les détachés situés entre St Raphaël et Agay. Toujours sous les ordres de l’organisation TODT, c’est au nez et à la barbe des Allemands que nos casemates étaient coulées à l’eau de mer. Tout ceci nous semblait très dissuasif car il n’y avait pas de pièces d’artillerie à installer à l’intérieur. A cet effet, nous avions reçu des instructions pour mettre à la place des grands tronçons de sapins écorchés à la hache et bien pointés vers la mer. Nous devions fixer à l’embouchoir un seau métallique réquisitionné chez les quincailliers de St Raphaël... Toute cette période de juin s’écoulait doucement en suivant les informations du débarquement en Normandie.

Soudain, un jour vers midi, nous avons tous assisté au passage d’une escadrille de DAKOTA qui se dirigeait vers la vallée du Rhône. C’est à un retour qu’une grosse bombe, ayant perdu son ailette en vol, s’est détachée en tombant à plat devant la villa St Antoine. Elle s’est ouverte en deux parties sans causer de dégâts. Notre présence sur la côte était remise en cause, car de nouveau nous avons dû nous installer dans le petit village de Callas. Étant logé chez l’habitant j’ai donc installé mes bureaux dans le local de la gendarmerie désaffectée. Le repos du guerrier sans arme dura un mois et nouveau départ pour Draguignan pour tout réinstaller dans l’École de Jeunes Filles MIREUR.

Tous les matins, nous devions monter les couleurs dans la cour de l’école sous les ordres d’un commissaire nommé de Marseille [le 6 juin 1944]. Il ne s’est pas présenté, son abord était très froid, il se nommait de Haldat du Lys.

Pendant ce même temps, un détachement mené par notre Commissaire Adjoint Kühn s’installait à La Motte avec le service transport qui transportait les jeunes occupés à faire des tranchées le long de la route nationale allant de Draguignan à la côte.

Pendant cette première quinzaine du mois d’Août, j’avais la charge d’acheter des provisions en ville pour la popote des chefs + deux infirmières et un abbé. C’est un jour en observant des allées et venues des officiers allemands logés à l’Hôtel BERTIN siège de la Kommandantur 800 que j’ai assisté au départ de plusieurs Mercedes chargées de tableaux et d’objets divers se dirigeant vers les Alpes. Dans les deux jours qui ont suivi, c’était le retour à l’hôtel avec des marques de mitraillage et direction la Villa GLADYS située en hauteur à la sortie de Draguignan. Ce jour du 15 août tant attendu arriva, en nous réveillant de très bonne heure aux bruits des bombardements de la base allemande située au sud de la ville. C’était la panique en ville avec des femmes et des enfants poussant des brouettes et des charrettes.

Le chef [Marcel] Jeanneaux prit l’initiative de nous rassembler dans la cour en nous faisant distribuer deux jours de vivres dans nos sacs tyroliens et des ponchos pour faire des tentes. Nous avons appris aussitôt que le commissaire [de Haldat du Lys] avait quitté son hôtel avec son chauffeur et sa traction au cours de la nuit. Le chef Jeanneaux me connaissait bien depuis longtemps à Montmarault et demanda de sortir notre ambulance verte Renault avec croix rouge. Notre petit convoi se dirigea en direction des vignes pour planter nos tentes. Hélas notre nuit fut très mouvementée par quelques balles perdues qui nous ont obligés à quitter notre emplacement.

Je suis resté camouflé toute la nuit avec un copain dans une cabane de vignerons. C’est en ayant vu ramper des Allemands qui se dirigeaient vers la villa GLADYS que nous avons compris que la résistance avait maîtrisé la ville. Au petit jour le calme était revenu et notre groupe s’était reformé descendant de la colline en chantant « une fleur au chapeau ». Deux chefs en tête, deux infirmiers et le jeune abbé en queue, j’ai réussi à les rejoindre ayant repris le volant de notre ambulance avec mon copain Weber.

Arrivés en ville, la foule nous accueillait avec des bravos alors qu’elle nous avait toujours ignorés... !

En suivant notre détachement, j’ai cru utile de mettre notre voiture sanitaire au service de la sous-préfecture libérée.

Une surprise nous attendait en étant arrêtés par un groupe de F.T.P. qui nous ont obligés à descendre en nous menaçant de leurs mitraillettes et se sont emparés de suite de l’ambulance.

Avec mon copain Weber nous avons dû rejoindre à pied notre collège et là encore une surprise ! Un groupe de F.T.P. nous empêchait de rentrer dans l’école, les portes ayant été fermées de l’intérieur.

Ils voulaient nos provisions alimentaires et malgré leurs armes devant tout notre groupe ils ont abandonné.

Le lendemain, n’ayant plus de nouvelles du détachement de La Motte, je suis allé avec le vélo vert chantier rencontrer notre équipe qui se trouvait à La Motte, ayant participé la veille à aider les parachutistes australiens.

En rencontrant le Chef Kuhn, il m’apprenait qu’ils venaient d’assister à l’enterrement de deux jeunes CJF avec tous les gens du village. Malgré l’intervention du médecin, l’empoisonnement à la nitroglycérine était irrémédiable. Ils avaient pris connaissance des containers éventrés et curieusement ils ont supposé que cela était des biscuits. Sur ce sujet très malheureux je suis revenu à La Motte 30 ans plus tard avec Roger Célestine, habitant Le Muy. Ayant demandé deux photocopies des bulletins de décès à la mairie pour enrichir notre livre d’or de Montmarault. STUPÉFACTION : ils étaient signés de Halda du Lys que nous n’avions jamais revu après le 17 août. Pour terminer cet exposé, je reviens à la date du 19 août ayant accompagné le Chef Kühn à St-Tropez dans l’espoir de rencontrer Van Hecke avec ses chasseurs de chars.

Malgré tous ces nombreux embouteillages nous avons enfin trouvé son campement. Il nous a dit qu’il était sous les ordres de Lattre de Tassigny en nous offrant de monter dans sa Jeep pour rejoindre son P.C. à Cogolin.

 

Le témoignage de l'ex-Commissaire Van Hecke

« Le 19 août, alors que s’effectuait le débarquement de mon matériel, j’entrai en contact à Cogolin, après une messe d’action de grâces à laquelle je venais d’assister, avec une centaine d’hommes des Chantiers de la Jeunesse appartenant à la région de Provence. N’oubliant pas que j’étais toujours Commissaire en Chef des Chantiers je pris tout ce monde sous ma tutelle avec l’intention de les enrôler dans mon régiment, mais le général de Lattre que j’étais allé voir à ce sujet en jugea autrement et me reçut comme un chien dans un jeu de quilles. Il me dit avec brutalité :

– Dites donc, Van Hecke, vous n’allez pas me faire ressusciter les Chantiers en France, cela suffit ainsi !

– Mon général, les Chantiers subsistent toujours et j’en suis le chef responsable jusqu’à nouvel ordre. Nous en rencontrerons beaucoup et ce seront d’excellents soldats pour notre armée.

Il rétorqua vertement : – Ceci ne regarde que moi et le chef de mon 1er bureau. Occupez-vous de votre régiment.

Il ne me resta qu’à me retirer assez mortifié. J’avais déjà senti à Tunis que quelque chose n’allait pas entre de Lattre et moi. Ce fut probablement la question « Chantiers » qui l’indisposa car je savais qu’en 1940 il avait souhaité en prendre la haute direction, alors qu’elle fut confiée au général de La Porte du Theil. Il lui en resta une forte déconvenue et tout ce qui fut "Chantiers" était pris en grippe par lui.


Né le 1er juillet 1921, à Rosières, commune de Lunery (Cher), Raymond Fournier est incorporé en tant que « Jeune de France », à Montmarault, le 10 novembre 1941.

Il est libéré par anticipation le 31 mai 1942, définitivement le 30 juin de la même année. Devant la menace d’aller travailler en Allemagne – le Service de la Main-d’œuvre française en Allemagne est créé le 26 mars – il sollicite du Chef Kunstler sa réintégration au Groupement 39. Elle est refusée. Il trouve soutien alors auprès de l’infirmière-chef du Groupement 39, Mlle Clavel – « une infirmière au large voile bleu, vétéran de la Première Guerre mondiale » – qui intervient auprès de son compatriote lorrain le Chef de Villèle, Commissaire-adjoint, chef de Cabinet du général de La Porte du Theil à Châtel-Guyon. Sur l’intervention du Chef de Villèle, il est réincorporé le 15 novembre 1942 (notification du 9 novembre), en tant qu’apprenti-commis. Au premier jour de la réquisition pour le Service du Travail Obligatoire en Allemagne, des classes 1920, 1921 et 1922, le 16 février 1943, il est « protégé » par sa Carte de travail, délivrée par la Mairie de Montmarault le 20 janvier 1943.

Du 14 février au 25 mars 1943, il suit un stage de commis à l’École des Chefs administratifs de Châtel-Guyon.

Nommé Commis administratif le 1er avril 1943, Raymond Fournier se marie un an plus tard le 27 avril 1944 et… apprend le lendemain son départ pour Boulouris (Alpes maritimes) avec la majeure partie du Groupement 39, réquisitionnée par l’Organisation Todt pour travailler à la fortification des défenses de la côte méditerranéenne. Lui-même, basé à Draguignan, s’occupe de la popote des Chefs.

Devant la menace du débarquement allié, le Groupement est replié à Callas durant plusieurs semaines. Raymond Fournier n’en assiste pas moins au débarquement américain des 14-15 août 1944, puis se rend, le 19 août, avec le chef Kuhn, à la rencontre du colonel Van Hecke, pour incorporer le détachement de Draguignan à l’armée du général de Lattre de Tassigny, stationnée à Cogolin.

De retour à Draguignan, Raymond Fournier se trouve affecté, jusqu’en décembre 1944, à la liquidation administrative du Groupement 39, désormais sous la direction du Chef Olive, en compagnie de Pierre Weber, un Ancien des Chantiers passé ouvrier auxiliaire.

De Draguignan, il est déplacé à Marseille qu’il quitte définitivement le 30 décembre 1944 (Noël à Notre-Dame de la Garde).

Le 1er janvier 1945, il rejoint Montmarault, avec mission de surveiller le transfert des baraques du Groupement 39 sur les Côtes normandes, où elles serviront de logements provisoires aux populations sinistrées. Les opérations sont réalisées par une entreprise parisienne de Travaux publics – les établissements Perreau qui assurent le démontage et le transport en train des baraques.

Le 6 mai 1945, il est nommé gardien du camp du Groupement 39, dont il n’existe plus, sur la place du champ de foire, qu’un ensemble de baraquements non récupérables. Il occupe cette fonction jusqu’au 6 septembre de la même année. Après quoi il est incorporé au Centre d’Organisation d’Artillerie (COA 213) à Issoire et nommé au secrétariat du colonel Roucher.

Il est libéré, à sa demande, avec le grade de Maréchal des Logis de réserve, le 15 janvier 1946, et à titre définitif le 18 février 1946.


Actualité

Les Chantiers de la Jeunesse (1940-1944), l'exemple du Groupement 39 de Montmarault, Allier, Éditions Créer, 2018 (à paraître)

Nouvelle documentation à propos du Groupement 39 de Montmarault


Pour toute correspondance : jm@moncelon.fr

Mise à jour :  13 janvier 2018

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