LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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Nouvelle documentation à propos du Groupement 39 de Montmarault





Suivez-nous sur des routes forestières qui grimpent, puis dévalent des coupes boisées; des arbres, toujours des arbres; par endroit la forêt s'éclaircit et laisse la place aux cultures; de loin en loin quelques maisons. Peu d'habitants, mais beaucoup de jeunes gens au travail. Nous sommes en effet, dans un domaine de Jeunes, nous sommes au Groupement 39 des chantiers de la jeunesse, dans la région de Montmarault

LES FAYES, LABOURAGE ET FORESTAGE

Voici au groupe 3, une exploitation agricole et forestière. Une ferme remise en état, de coquettes baraques blanches.

"J'ai 180 Jeunes, déclare le chef : je leur demande une stère de bois par homme et par jour; certes ce n'est pas excessif, mais nous avons des terres. Tout était en friche il y a quelques mois, maintenant 8 hectares sont en état".

UN VILLAGE RENAIT

Villars est le nom d'un village des Colettes. Il y avait 34 vieillards pour un enfant, dans ce village croulant qui agonisait, quand le groupement s'y installa. Et quel accueil quand les Jeunes arrivèrent ! Laissez ce pays mourir en paix, leur disent les vieux paysans. Il fallut obtenir, malgré eux, les autorisations administratives pour abattre des maisons croulantes dont les pierres servirent à consolider les autres.

Nous pouvons maintenant visiter les maisons restaurées. Le sol est carrelé ou cimenté, les murs recrépits, les pièces propres...

Villars, qui fut jadis un village de sabotiers, reprendra-t-il vit définitivement ?

CENT CINQUANTE PAIRES DE SABOTS PAR JOUR

Les sabotiers de Villars avaient peu à peu disparu. Mais dans un maison forestière les Jeunes ont installé une saboterie.

Dehors des Jeunes équarrissent des billes de bois; dans un hangar deux machines tournent. Sur la première un sabot prend forme, sur la secondes des sabots sont évidés. Dans la maison forestière c'est le finissage, tâche plus délicate. Des professionnels y sont employés. La production atteint 150 paires de sabots par jour.

LA POTERIE

Il y a dans la région une bonne terre à modeler. Au groupe voisin, à Coutemaix [sic, pour Coutansouze], un Jeune s'improvise potier. Un artisan vint un jour lui donner des conseil, les progrès furent rapides.

Dans le modeste atelier, le Jeune amateur, assis sur son tour, le pied sur la pédale, imprime à la meule une rotation régulière. De ses doigts, il façonne la masse d'argile qui s'évase, se creuse, prend forme.

DEUX FERMES - 35 HECTARES

A Rivallais, le chef de groupe nous déclare : j'ai deux fermes et 35 hectares de terre...

Des Jeunes qui, en temps normal, en raison de leur état physiologique, auraient échappé au service militaire et qu'on a tenu toutefois à faire bénéficier des avantages de la vie collective, sont chargés de l'exploitation du domaine. Nous pouvons visiter les potagers, les champs cultivés, les deux fermes, les écuries.

ET A MONTMARAULT

Et à Montmarault même, nous trouvons la boulangerie du Groupement, l'imprimerie, la menuiserie, la charronnerie. Meubles, outils, établis, chariots sont fabriqués dans les ateliers...

C'est ainsi qu'un groupement des Chantiers où la plupart des métiers se trouvent représentés, présente toutes les activités d'une petite ville. A défaut de traditions ancestrales, une même idée rassemble ces 2.000 Jeunes dans la même ardeur.

LE MORAL

Le dernier numéro de "Sources" reproduit une conférence de Jacques Chevalier faite aux jeunes des Chantiers de Montmarault.

      « Le moral, voilà ce qui gagne les batailles et les guerres. La perte, ou la simple défaillance du moral : voilà ce qui les perd. J’ai fait toute la guerre de 1914-1948 avec les Anglais du temps qu’ils étaient nos Alliés, et je sais comment se sont conduits nos soldats. Les soldats de 1940 n’ont pas agi comme ceux de la Marne, de la Somme, de Verdun. Alors, ils allaient à la mort sans hésiter : les anciens en faisant une prière, les jeunes en demandant un quart de pinard, sortaient des tranchées et se battaient comme des lions ; les hommes de 1940 – malgré de très belles et notables exceptions qui en sauvaient l’honneur – n’en sortaient que pour fuir. Trois généraux avaient suffi pour tuer l’âme de la France. Heureusement la France est le pays des résurrections.

La défaite tenant à des causes d’ordre moral, les remèdes ne peuvent donc être que tels.

Quels sont ces remèdes ? D’abord le retour aux croyances et en particulier la croyance en Dieu, qui est le seul fondement de la morale, le principe suprême et régulateur de la raison humaine.

Ensuite, « renouer la tradition intégrale de la France, car le progrès n’est que la tradition continuée : il est la mémoire du peuple ».

Ces remèdes doivent s’étayer sur l’obéissance et la fidélité au chef de l’Etat »

   "C'est, ajoute le conférencier, une loi absolue civile et religieuse que l'on doit obéissance au pouvoir constitué."

    Cette dernière phrase, citation d'un épitre de Saint Paul aux Romains, serait à reproduire en grands caractères dans bien des permanences de "Jeunesse".

Source :  Bulletin des Jeunes, 1er juin 1943 


UN DOCUMENT INÉDIT

 C’est dans le premier numéro des Cahiers du Chef de Groupe, en juillet 1943, qu’un article est publié au sujet de la piscine du groupe n°2 « de Bournazel ». Ces Cahiers, annexes au B.P.O., cesseront de paraître après le numéro 7, daté du mois de  janvier 1944.

QUAND UN CHEF DE GROUPE

VEUT NAGER

ET FAIRE NAGER SES HOMMES

Ces lignes ne sont pas un traité sur l’art de construire une piscine. Elles sont le récit vivant des difficultés rencontrées et vaincues par un chef de groupe et destinées à montrer aux autres moins une réalisation qu’un esprit d’entreprise. (N.D.L.R.). 

En vous décrivant une réalisation faite par un groupe du Groupement 39, nous nous proposons de vous montrer comment avec de l’entêtement et du travail vous pouvez presque tous faire bénéficier vos Jeunes d’une piscine.

La première difficulté a été le choix de l’emplacement. Un terrain proche du camp, sur le bord d’un ruisseau à forte pente offrait un site favorable. Faute de pouvoir louer, cette première idée est abandonnée. Dans un thalweg, à 500 mètres du groupe un petit bois de vergnes a poussé à l’emplacement où jadis existait un moulin. Le terrain semble très meublé, une petite source le traverse. Le maire du village signe une autorisation et en deux jours, le bois est abattu sur une surface de quelques ares. Pelles et brouettes entrent en action. Mais, deuxième difficulté, le terrain si meuble est en fait une boue de kaolin qu’un ruisseau tout proche a transporté des mines des Colettes. Les pelles restent collées, les Jeunes enfoncent jusqu’aux genoux dès que la couche superficielle est enlevée. Sous un soleil brûlant, la boue ne sèche pas. Le travail est impossible. On abandonne... jusqu’à l’hiver. La gelée durcit alors cette boue et en six semaines, au plus fort de l’hiver, on creuse un bassin de 12.50 X 25 mètres, sur une profondeur variant de 1 m. 40 à 2 m. 50.

Les parois s’éboulent. Il faut murer et créer un fond artificiel solide. Nous n’avons ni chaux ni ciment. On crée les parois en enfonçant deux rangées de perches entre lesquelles on emprisonne des fagots. On ouvre une carrière et sur un lit de fagots et de pierrailles on pose un dallage de pierres plates. On dispose autour de la piscine une allée dallée. Un plongeoir en pierre sèche supporte trois tremplins de 1 mètre, 1 m. 80 et 2 m. 50. Une vanne au point bas doit permettre le vidangeage [sic].

On commence à remplir. La lenteur est désespérante car il y a des fentes et la source baisse.

En trois jours, trente Jeunes creusent un fossé de 500 mètres qui amène les eaux du ruisseau voisin dans la piscine. En un jour et une nuit, la piscine est pleine et le trop plein commence à fonctionner, en même temps que les premiers nageurs abandonnent pics et pelles pour se plonger dans l’eau.

Le 26 juillet 1942, en présence du chef de groupement, au milieu des Jeunes rayonnants de joie et des villageois stupéfaits, la piscine est inaugurée. 

Chef de Groupe LEVEIL, Assistant WEHRLE.

Groupement 39.


DES PHOTOS INÉDITES

Un groupe de Chefs ouvriers, photographiés au château Vacher, PC du Groupement 39, en 1942 ou 1943.  

Trois jeunes du Groupement 39. Trois grades sont représentés : de gauche à droite, un commissaire-assistant, un jeune commis "une barre", et un commissaire-adjoint, ici Émile Kuhn, qui prendra le commandement du Groupement lorsqu'il sera envoyé sur la côte méditerranéenne, après sa dissolution en mars 1944.

Défilé dans les rues de Montmarault des Jeunes du Groupement 39, à l'occasion de la visite de l'amiral Darlan, le 1er avril 1942.

Revue par le Chef Allard des futurs chefs d'équipe, en septembre 1943 

Jeunes du groupe n°5 en forêt. Parmi les outils : le gouyard à la main droite (à gauche), le passe-partout et les haches.


L'intervention d'un détachement du Groupement 39 après les bombardements de Nantes en 1943

Source : Bulletin des Jeunes, 15 octobre 1943. A noter l'interversion des numéros des deux Groupements, en fait 39 et 45


Source : Franc Jeu, 21 novembre 1942


Les Chantiers de la Jeunesse (1940-1944, l'exemple du Groupement 39 de Montmarault, Allier, Éditions Créer, 2018

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11 novembre 1943

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Bulletin des Jeunes, 1er décembre 1942


 

Diplôme publié par Alexandre Thers, Les Chantiers de la Jeunesse, Histoire et Collections, 2006.

Le même ouvrage reproduit la citation à l'Ordre de la Nation du Chef d'Equipe, le 11 octobre 1943, pour sa participation avec les Jeunes du Groupement 39 aux travaux de déblayage à Nantes, suite aux bombardements de septembre (près de 1000 morts)


 

 

 

 

 

Pour toute correspondance : jm@moncelon.fr

Mise à jour :  24 mars 2018

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